Nous vous l’avions annoncé, le duo MinaLima était présent ce Jeudi 18 Novembre à la librairie Ici Grands Boulevard de Paris. Les graphistes étaient venus à la rencontre des fans français afin de leur présenter l’édition illustrée de Harry Potter et la Chambre des Secrets sortie chez Gallimard et des deux derniers Classiques Illustrés publiés chez Flammarion Jeunesse.

Aux côtés de Eduardo Lima et Miraphora Mina, étaient également présentes la directrice de Gallimard Hedwige Pasquet et la directrice de Flammarion Jeunesse Céline Dehaine.

On vous propose un compte-rendu de cette rencontre, élaborée autour d’un échange de questions menées par Sonia Petit (qui gère la littérature jeunesse au sein de ladite librairie) et c’est Cyrille Charro* qui gérait la traduction.

Comment devient-on un classique illustré ?

Pour commencer, le duo de graphistes est revenu sur la genèse de leur collection d’Illustrated Classics. Mais aussi sur la manière dont ils choisissent lesdits classiques qui seront adaptés.

Si on les connaît principalement pour le fruit de leur travail mutuel depuis 20 ans sur les aspects visuels et graphiques au sein des films Harry Potter et Les Animaux Fantastiques, ils ont aussi travaillé sur d’autres films (comme Sweeney Todd et The Imitation Game pour ne citer qu’eux), sur les lands potteriens au sein des parcs à thèmes Universal ou encore sur des campagnes marketing et affiches publicitaires. Pour autant, ils expliquent qu’il leur manquait comme une sorte de corde à leur arc : celle de la conception d’un livre. C’est pourquoi, dès 2013, ils ont eu l’idée de se lancer dans cette collection.

De base, s’ils n’ont pas eu de titres imposés, ils n’avaient pas non plus d’envie spécifique concernant quel classique de la littérature ils allaient adapter. Ce choix s’est affiné au fur et à mesure. Ils se sont par exemple demandés quels étaient ceux qui les faisaient sourire et leur procuraient des émotions. Qu’elles étaient les histoires qui se prêtaient à cette réinterprétation. Surtout, ils ont voulu proposer leur version de ces récits intemporels qui durant leur propre enfance, les ont bercé, les ont marqué, les ont fait rêver. Ils se sont donc orientés vers les histoires qui leur parlaient le plus et qui étaient le plus propices à cette adaptation sous ce format original.

Cette expérience de liberté totale sur le processus complet de création d’un classique illustré s’est donc avérée être très libératrice, parce que c’était comme si ils étaient des “réalisateurs” (non pas d’un film, mais d’un livre).

Mais adapter leur méthode de travail de l’écran au papier leur demande tout de même beaucoup d’ajustements. Surtout, qu’en plus de leur rôle de graphistes, ils doivent endosser ceux de metteurs en scène, de maquilleurs, de décorateurs, ou encore d’architectes et cie. À ces nombreux aspects qu’ils doivent gérer, s’ajoute aussi le fait qu’ils doivent réfléchir aux polices d’écriture, aux lettrines, aux pages de garde, aux finitions et aux détails, à la couleur du papier… Un tout qu’ils doivent maîtriser à 100%.

Certains classiques ayant connus des adaptations sous diverses formats (et pour certains, même, plusieurs), ils aimeraient qu’à l’avenir leurs éditions passent à la postérité et que les lecteurs les reconnaissent comme appartenant à leur style.

Pour aller plus loin...

Les architectes de la magie livresque de Harry Potter

Comment en sont-ils, alors, arrivés à décliner ce format à la saga ? Ils expliquent qu’au regard du succès et surtout de la qualité du travail réalisé sur les premiers classiques, que JK Rowling et son équipe (et notamment Scholastic) leur ont alors proposé d’en faire de même pour les tomes de Harry Potter.

Le cheminement pour le faire s’est avéré, en revanche, plus complexe parce qu’ils ont travaillé sur les films, élaborés les designs et autres graphismes visibles à l’écran. Leur but n’étant pas de faire une simple réinterprétation du travail scénographique de Stuart Craig, mais davantage de proposer une vision plus proche du texte. Une vision propre à eux et surtout à partir de zéro. Ils ont dû commencer par oublier totalement ce qu’ils ont fait dans les adaptations cinématographiques des tomes.

Avec leur équipe, ils ont ensuite réalisé une lecture croisée du tome durant plusieurs mois en amont. Cela leur a permis, de la même manière que pour leurs classiques, d’établir une carte de celui. Une sorte de script sur lequel ils ont défini quel(s) élément(s) est/sont plus susceptible(s) de devenir une illustration, un pop-up papier, un élément intertexte et cie. Ils s’assurent ainsi que tous les passages importants sont représentés. Ils regardent également les éléments à ponctuer dans l’histoire et qui n’ont pas été vus auparavant. Et parfois, ils ont même l’occasion d’approfondir des choses vues mais de manière rapide ou brève. Là où c’était matériellement impossible pour les films, ils ont ici la volonté de retranscrire chaque détail du livre.

Pour s’aider, ils suivent le cheminement de Harry. Là où il prend part à un voyage dans le monde des sorciers, ils souhaitent que le lecteur le suive et connaisse en quelques sortes les mêmes émotions, le même enthousiasme à la découverte de ce monde et de sa magie. Ils se mettent donc à la place des protagonistes et veulent nous montrer ce qu’ils ressentent, vivent et même voient par le biais de leurs illustrations.

Ce processus d’élaboration d’un tome de la saga (donc avec toutes ces étapes) représente un travail qui les tient sur plus ou moins un an.

Il faut dans le même temps qu’ils se montrent pragmatiques. Notamment en ce qui concerne l’implantation des illustrations et les éléments interactifs dans le livre.

On apprend ainsi que c’est une réflexion à plusieurs niveaux avec leur équipe mais aussi avec les éditeurs. Ils ont pour défi d’essayer d’équilibrer et de concilier le nombre de page, la qualité du papier utilisé, le nombre d’illustrations en couleurs et de pop-ups avec leur désir d’explorer des moments spécifiques de l’histoire. Cet ensemble doit respecter un rythme, une cadence. D’une part pour le lecteur qui le parcourt afin de le laisser respirer mais aussi d’autre part pour en faciliter la publication et son coût (notamment avec la crise sanitaire actuelle) inhérents pour chaque éditeur.

Pour autant, même si ces derniers sont comme des parents qui leur posent des limites (essentiellement financière et commerciale, dans ce cas précis), ils ne les encouragent qu’à grandir. En effet, ce frein n’est pas forcément une mauvaise chose en soi. Ils parviennent à en puiser du bénéfice. Cela leur permet dès lors de pousser leur réflexion, de développer l’idée de base au mieux.

Quid en ce cas d’une pareille édition illustrée pour le troisième tome ? Si Le Prisonnier d’Azkaban se révèle être leur tome préféré, les graphistes expliquent que son élaboration n’est pas encore à l’ordre du jour mais qu’ils l’espèrent. Ils sont sous commission pour un tome à la fois et l’option pour le tome qui suit dépend du succès que connaît le précédent.

Pour aller plus loin...

Des annonces exclusives !

Fort du succès de ces ouvrages revisités, MinaLima a par ailleurs annoncé d’ores et déjà travailler sur le 9ème classique à venir intégrer leur collection. Mais ils ne peuvent pas encore en donner le titre, malheureusement. Ils ont surtout révélé qu’ils étaient également en train de réfléchir à l’élaboration d’autres livres sous ce format, mais avec une histoire originale de leur crue et non une réinterprétation d’auteurs.

Du côté français, Céline Dehaine (Flammarion Jeunesse) est intervenue pour dévoiler qu’après Le Livre de la Jungle (2020) et Peter Pan et Le Magicien d’Oz (2021), le prochain classique à obtenir son édition française serait Alice au Pays des Merveilles.

Et après ?

S’en est suivi d’une série de quelques questions posées par les fans présents puis comme prévu de la séance de dédicaces de leurs derniers ouvrages.

Vendredi soir, nous assistions également à la rencontre presse avec le duo, au sein de l’hôtel Panache de Paris. Retrouvez le compte-rendu ICI.

Merci encore une fois à Flammarion Jeunesse et Gallimard d’avoir organisé cela. Merci à aux graphistes de MinaLima pour leur accueil toujours aussi chaleureux et d’avoir donné de leur temps.

* Le français Cyrille Charro est un employé du studio MinaLima. Il est notamment connu pour avoir collaboré avec les designers dans la supervision des graphismes dans la langue de Molière qui apparaissent dans Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald (comme le journal Le Cri de la Gargouille où il a même le droit à plusieurs caméos, dont un sur une publicité fromagère).

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